mardi 3 mai 2016

Rot-Gelbanza

Max Shenmann, 2016, Allemagne
Plastique, métal, 40cm x 40cm

Shenmann signe en 2016 un retour attendu, et nous offre à voir une pièce chargée de sens, où le dépouillement de la sphère comprime les ostracismes, joue sur les peurs primales, la claustrophobie et l'isolement pour confronter nos propres angoisses. Tandis que Shenmann affirme que "face au cloisonnement, l'Homme opposera toujours la quête individuelle d'élévation", il nous suffit de contempler la transposition de ce message universel dans une œuvre surprenante, ode à la diversité et à l'audace, pour saisir l'invitation à s'affranchir de ces carcans impalpables et enfin céder à nos pulsions d'évasion. D'un contenant où la transparence n'offre qu'une illusion de libre arbitre, le jaillissement de couleurs vives, inattendues, comme autant de marqueurs d'émancipation ne peuvent que lui donner raison.

mercredi 27 avril 2016

Huit carreaux

Piotr Fernal, 2011, Luxembourg
Céramique, 300cm x 150cm

Fernal nous subjugue, Fernal nous transporte, nous propulse hors des canons érigeant les palettes chromatiques vibrantes en norme sine qua non de l'"art" du 21e siècle. Comment ne pas être séduit par la pureté de cette superposition séraphique aux proportions sublimant le nombre d'or, et d'une gradation de teintes parfaite? Une répétition des géométries, deux nuances complémentaires de gris au service d'un acte d'affirmation fort... telle est la conviction de Fernal : le dépouillement, la division et la compartimentation complètent et subliment l'aspect monolithique, et les textures froides de la céramique magnifient l'ancrage dans la réalité d'une œuvre aux vues célestes. En effet, aucun carreau n'est superflu, et la complémentarité née de la disposition de l'assemblage amène lentement le spectateur aux frontière de l'ataraxie. Sérénité, rigidité assumée mais transgressée au service d'une recherche d'unité comme message d'espérance, Huit carreaux démontre avec brio qu'il est possible de s'affranchir du carcan de la couleur pour signer une œuvre résolument contemporaine.





mardi 7 avril 2015

Hopes on Earth

Adrijana Selna, 2015, Croatie
Photographie, 400cm x 300cm

Adrijana Selna signe le renouveau de l'art contemporain croate, et par cette oeuvre aux dimensions surprenantes au regard de sa production précédente, injecte au sein d'un univers identifiable et familier une métonymie subtile. De l'image, nous ne prenons de prime abord que l'information parcellaire que l'artiste a bien voulu soumettre, omettant inconsciemment l'évidence cryptée, enfouie dans une symétrie chahutée. Pourtant, Selna nous donne la clé d'une perception éclairée de l'oeuvre en affirmant : "Alors que le refus du conformisme semble échouer dans une périlleuse et vaine émancipation, le salut viendra de la flexibilité". Brillant. Contrastes assumés, transgressions audacieuses et jeux d'incertitudes, Hopes on Earth mobilise autour d'une réflexion forte, juxtaposition de sens dans un monde interlope, pour un voyage sans retour vers la reconnaissance des évidences.



jeudi 3 avril 2014

fluxus:Fatalität


Max Shenmann, 2014, Allemagne
Bois, corde, matériaux divers, 30cm x 30cm

Au sommet de son art, Shenmann offre ici au regard une installation en forme d'hommage détourné au mouvement Fluxus. Aphorisme savant, la savante dualité de sous-ensembles de fluxus:Fatalität parvient à doucement lever les réticences nées de son minimalisme. Matériaux bruts, organiques, habilement liés, qui nous transportent au contact d'une nature de plus en plus cloisonnée... Toute la pertinence du propos de Max Shenmann, ses réflexions, comme autant de cordages enserrant non seulement quelques brindilles, mais aussi nos sentiments, incite à la résistance, au retour aux valeurs primaires, terrestres. Approche métonymique ou distanciation face aux éléments qui nous entourent, nous précèdent et nous survivent, élans volontaristes et diversifiés vers une nature acquise, mais à redécouvrir...toute la puissance de cette oeuvre tient en un mot : réconciliation.


mercredi 4 décembre 2013

Paranormée

Pierre Scendal, 2012, France
Séries de peintures sur toile, 240cm x 240cm / 180cm x 180cm

Que retenir de "Paranormée", si ce n'est une expansion canalisée ? Oscillant entre césure et réunion(s), cette oeuvre de deux pièces de dimensions dissemblables appelle pourtant une géométrie raffinée et pensée, en forme d'axiome (ne peut-on y voir une coïncidence entre le nombre de symboles répétés à l'identique -trois croix et quatre cercles- et les dimensions de l'oeuvre -180 étant les trois quart de 240- ?). Sans vouloir tenter d'exégèse, car nul n'aurait cette prétention avec un artiste tel que Pierre Scendal, on peut facilement ressentir, aidé de ce trait parcourant ce faux diptyque, toute l'énergie émanant de l'oeuvre. Tiraillement entre symbolismes et mises en abimes, réconciliation brutale des géométries..."Paranormée" offre, pour qui saura s'y immerger, une infinité de réponses. Pierre Scendal déclara : "C'est par la force du questionnement que l'on s'affranchit de l'aléatoire contraction du hasard". On ne peut que lui donner raison.

mardi 21 mai 2013

Dispersion (700/4500)

Chrizstof Letoof, 2013, France
Bois, 250cmx180

"Dispersion (700/4500)" est une oeuvre bidirectionnelle, où relief et textures s'entremêlent, où vagues et ondulations confrontent la géométrie du bois brut. Au delà du mouvement figé, tel un instantané, la structure vit au rythme de ses pleins et déliés. Letoof ne voit nullement ici un refus de la géométrie et du carcan cartésien, mais une "ode à l'aléatoire structuré, fruit d'une recherche combinatoire". Libre de faire sien le chemin tracé par l'artiste, de laisser déambuler le regard jusqu'à s'arrêter, tant sur une surface en retrait, tant sur une aspérité pour enfin saisir la musicalité visuelle de toute l'installation. Anoblissement des matériaux au travers d'une transcription visuelle audacieuse du rythme universel, harmonie des assemblages et digressions chromatiques arrangées, Letoof signe avec "Dispersion (700/4500)" une oeuvre aboutie, en accord avec son temps.



mercredi 27 février 2013

Four faces

Jörgen Ólaffson, 2013, Danemark
Peinture sur verre, 180cmx180

"Four faces", oeuvre brute et poignante, résume à elle seul le renouveau de l'art scandinave. Auto proclamé "post-pointilliste", Jörgen Ólaffson use de ses pigments pour nous assener une défabrication méthodique et froide du portrait académique. Division, géométrie et répétition de l'espace, intrusions polychromatiques où le festif vacille et s'érode en teintes froides, donnent à offrir une vision équivoque de l'oeuvre. Alternant subtilement sombres redondances en forme d'antiennes visuelles et affirmations formelles d'un bonheur figé, "Four faces" nous régale finalement d'un optimisme quasi-péremptoire en forme de sourire(s). Faire un tout de fragments, recomposer le parcellaire et le diviser de nouveau en quatre parties égales en intensité sans perdre le fil du propos, telle est la force d'Ólaffson, qui nous offre une fois encore un travail majeur.