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lundi 26 juillet 2021

Génocide 024

Teebo, 2021, France
Photographie, 160cm x 120cm

S'érigeant en porte-drapeau militant de l'Arte Revolucionaria, Teebo transcende les phobies hygiénistes et bouscule la bienséance d'une société toute acquise à une banalisation prophétique de la lutte des classes. Génocide 024 structure un espace d'oppositions, entremêlant couleurs primaires et agonies diptères dans un ballet enivrant où lignes de fuite se mêlent aux lignes de vie(s): Se jouer des diktats pour nous asséner une anamnèse révolutionnaire venant hanter notre présent et déconstruire les projections d'un futur bourgeois, telle est la brutalité du message. Assemblage d'insectes figés dans leur solennité comme projet sociétal supposé, dédramatisation du passage vers l'au-delà en contrepoint d'un projet léniniste aux accents hiératiques...Teebo nous harangue, poing levé, et nous interpelle sur  l'instrumentalisation nécessaire du genre humain. Véritable manifeste où idéologies et formes géométriques vont de pair, Génocide 024 intrigue et chahute jusqu'au point de rupture, quand le chaos enfin se mue en un apaisement inamissible.





mercredi 14 août 2019

Unity in Strengh

Mark Sensry, 2011, USA
Photographie, 60cm x 80cm

Doté d'un rare talent pourtant dénigré sous nos latitudes (très "euro-conformistes"), Mark Sensry révolutionne l'art photographique, et remet à plat les fondements du cadre et de la composition. Enfin affranchi de l'obsolète règle des tiers, Unity in Strengh semble dérouler une narration d'abord froide et immaculée, qui invariablement se mue en une invitation sucrée au voyage, à la baguenaude et à la sexualité. Quid d'un tel antagonisme pour formaliser des similarités fantasmées, jouer de l'anatomie, pour en faire in fine un factum sur une sensualité primale que l'on veut escamoter? Tourbillon des sens, conflit de la morale et échappatoire salvateur, Mark Sensry ici nous offre une œuvre majeure dont la charge érotique ne saura laisser de marbre quiconque se laissera emporter...



mardi 7 avril 2015

Hopes on Earth

Adrijana Selna, 2015, Croatie
Photographie, 400cm x 300cm

Adrijana Selna signe le renouveau de l'art contemporain croate, et par cette oeuvre aux dimensions surprenantes au regard de sa production précédente, injecte au sein d'un univers identifiable et familier une métonymie subtile. De l'image, nous ne prenons de prime abord que l'information parcellaire que l'artiste a bien voulu soumettre, omettant inconsciemment l'évidence cryptée, enfouie dans une symétrie chahutée. Pourtant, Selna nous donne la clé d'une perception éclairée de l'oeuvre en affirmant : "Alors que le refus du conformisme semble échouer dans une périlleuse et vaine émancipation, le salut viendra de la flexibilité". Brillant. Contrastes assumés, transgressions audacieuses et jeux d'incertitudes, Hopes on Earth mobilise autour d'une réflexion forte, juxtaposition de sens dans un monde interlope, pour un voyage sans retour vers la reconnaissance des évidences.



jeudi 31 mai 2012

So is life

Pierre Fannard, 2011, France
Photographie, 100cmx350

"So is life" est un patchwork d'impressions, d'images fugaces et de ressentis, recueillis par l'artiste lors d'un voyage initiatique au Pérou en 2009, et retranscris en un triptyque audacieux. Audacieux car l'illusion de sérénité et de justes proportions, qui tout d'abord nous charme, se révèle ensuite être une ode à la déconstruction de la mise en lumière. Audacieux, car la diabolique maîtrise de la mise en relation entre perspective et profondeur, sait rompre la monotonie d'une nature morte en grand format. Audacieux enfin, car au delà d'une volonté d'ordonner et de rationaliser des sentiments intimes, Fannard réussit le tour de force de contenir la complexité d'une triple évocation d'un même et seul instant. Unité de temps et de lieu, justesse des interprétations et juxtapositions, "So is life" revêt tous les attributs d'une oeuvre majeure pour qui connaît le travail de l'artiste. D'abord pressenti pour la biennale de Berlin en 2012, Pierre Fannard exposera cette même année dans plusieurs galeries d'Amérique latine.


mardi 24 avril 2012

23

Anna Kirolevkova, 2012, Russie
Photographie sur toile, 200cmx350cm

2012 voit le grand retour de Anna Kirolevkova sur la scène contemporaine mondiale. Elle expose dans l'intimité de la galerie Honzu et Mirad de Bruxelles (Belgique). De sa série de portraits, numérotés de 12 à 57 (avec omission des chiffres 14, 20, 32 et 33 - hommage de l'artiste au manifeste Fluxus de George Maciunas -), "23" est l'oeuvre la plus révélatrice d'une tentative (réussie) de rompre avec l'orthodoxie  et le dogme du nombre d'or, prévalant en photographie. Instant fugace, hypnotique, capturé sur papier glacé, "23" s'autorise toutes les audaces propres à la figuration libre. Du flou de l'image percevons-nous la netteté, de l'instant figé appercevons-nous le mouvement...c'est toute la cinétique de la vie qui s'ouvre à nous dans la persistance d'une image unique et forte. Kirolevkova comme à son habitude, signe d'un numéro chaque portrait, comme pour rappeler que l'académisme présumé d'une série ne signifie nullement de restreindre la palette des émotions. Naviguant subtilement entre notion et concept, "23" ne déroge pas à la règle.


mardi 21 septembre 2010

Rétrospective OOrigashi, Japon

Galerie Nel-izen, Kyoto, Japon
Du 14 septembre au 20 décembre 2010

OOrigashi (1962 - ) est un artiste inqualifiable, tant le champ d'expression de ses travaux est vaste. Tantôt partisan d'une mise en espace formelle et revendicative ("oxymoreum",1998 et "room for two in Versailles", 2010), il saura au travers de travaux photographiques plus intimistes tels que "life on 2 square centimeters" (1991) définir les frontières d'une abstraction monochromatique patiemment recherchée. Influencé par le travail de son compatriote Takashi Murakami (né la même année que lui), OOrigashi se définit surtout dans des installations éphémères, parfois multicolores, où formes essentielles se mêlent aux matériaux les plus complexes et inattendus...Ces installations, que l'artiste définit comme de "savantes compositions, en point de fuite d'une recherche de la perfection", ouvrent des pistes de réflexion majeures pour qui s'intéresse à l'art contemporain au pays du soleil levant.
Cette rétrospective (voir photo) met en valeur de nombreux travaux de la série "canicule+/canicule-" qui l'a fait connaître au début des années 70.

dimanche 1 août 2010

art/no art

Hervé Surin, 2008, Suisse
Photographies

Hervé Surin, artiste pluridisciplinaire ose ici mettre en image le questionnement sur les fondements de l'art. De cette perpétuelle interrogation, en forme de confrontation, se dessine l'universalité du message : la fragile frontière entre art et réalité, entre culture et savoir, se sublime, se dissout, jusqu'à ne laisser planer qu'une impression : celle d'une vérité si souvent acquise, aux contours si flous que seul l'esprit humain peut les figer, l'espace d'un instant. Selon Surin, "du refoulement de l'artiste naît l'incompréhension... et seuls une oeuvre forte et son pouvoir catharsique sauront l'aider à renforcer la symbiose avec son public". Cette analyse pertinente est à l'origine de la série "art/no art", présentée pour la première fois à la biennale photo de Carcassonne (France) en 2009.


samedi 26 juin 2010

luminared on white

Mat Druand, 2009, France
Résine, plastique, plastiline. 20cm x 20 cm

Un ami critique d'art parisien renommé m'a fait découvrir cet artiste, Mat Druand, et l'ensemble de son oeuvre délicieusement spontanée et décalée. Luminared on white brouille avec saveur les codes surannés de la lecture chromatique binaire (qu'un profane pourrait innocemment mettre en avant), pour en faire une composition de rupture, toute en sous-entendus, où toute tentative de théorisation ne peut qu'échouer. On se surprend à évoluer aux interstices de l'univers de l'artiste, et l'on perd pied face à une description personnelle d'un univers dystopique, orwellien, savamment agencé : une cartographie des émotions refoulées qui provoque en nous un exquis vertige des sens.

Mat Druand a exposé oeuvres originales et photographies géantes lors de l'Art Fair two-dot-zero de Toronto en ce début d'année 2010. Le mélange audacieux de volumes et de leurs alter-égos verticaux a su surprendre et conquérir le public. Nous entendrons parler de cet artiste...


vendredi 25 juin 2010

International Herald T-Bone

Kono, 2010, Japon
Photographie. 380cm x 250cm

Kono, artiste émergeant au pays du soleil levant, nous gratifie ici d'une oeuvre polysémique, engagée et exigeante. Il retranscrit par une simple image la suffisance jamais ouvertement affichée de ses pairs. Son "T-bone" se veut miroir de ce perpétuel besoin d'affirmation de l'homme moderne, face aux supercheries de son environnement, et cette absolue recherche de victoires, de conquêtes toujours plus faciles. Une compréhension du monde acérée a fait de Kono un maître du discernement et de la mise en abîme, allant jusqu'à instaurer une gène légitime du public confronté à ses travaux, car transcrivant avec finesse la déviance d'un monde consumériste à l'excès dans lequel il évolue.

Kono expose du 5 mai au 17 juin 2010 à la galerie Ishanura de Kyoto