jeudi 31 mai 2012

So is life

Pierre Fannard, 2011, France
Photographie, 100cmx350

"So is life" est un patchwork d'impressions, d'images fugaces et de ressentis, recueillis par l'artiste lors d'un voyage initiatique au Pérou en 2009, et retranscris en un triptyque audacieux. Audacieux car l'illusion de sérénité et de justes proportions, qui tout d'abord nous charme, se révèle ensuite être une ode à la déconstruction de la mise en lumière. Audacieux, car la diabolique maîtrise de la mise en relation entre perspective et profondeur, sait rompre la monotonie d'une nature morte en grand format. Audacieux enfin, car au delà d'une volonté d'ordonner et de rationaliser des sentiments intimes, Fannard réussit le tour de force de contenir la complexité d'une triple évocation d'un même et seul instant. Unité de temps et de lieu, justesse des interprétations et juxtapositions, "So is life" revêt tous les attributs d'une oeuvre majeure pour qui connaît le travail de l'artiste. D'abord pressenti pour la biennale de Berlin en 2012, Pierre Fannard exposera cette même année dans plusieurs galeries d'Amérique latine.


jeudi 10 mai 2012

KA

Armand&Armand, 2011, France
Vidéo, 1 minute 18 secondes.

Quittant son champ d'expérimentations plastiques habituel, Armand&Armand nous gratifie ici d'une oeuvre video d'une placide intensité, mise en abîme du temps et de la spiritualité. Telle une épiphanie suite aux visionnages des travaux de Nam June Paik (Corée), tel un hommage dissimulé à "Rousseau" et "Voltaire", l'artiste, dans un message court souhaite renvoyer en écho à l'humanité un message humaniste redéfinissant, l'espace d'une minute, l'unité visuelle d'un univers sombre et ténébreux. Alors qu'il ne suffit que de démultiplier les variations pour s'affranchir de la redondance, il nous offre ici "KA (le mangeur de temps)", un travail non normé et perturbant. Subtilité du message, pertinence du mouvement et du rythme...cette minute nous offre l'éternité.




mardi 24 avril 2012

23

Anna Kirolevkova, 2012, Russie
Photographie sur toile, 200cmx350cm

2012 voit le grand retour de Anna Kirolevkova sur la scène contemporaine mondiale. Elle expose dans l'intimité de la galerie Honzu et Mirad de Bruxelles (Belgique). De sa série de portraits, numérotés de 12 à 57 (avec omission des chiffres 14, 20, 32 et 33 - hommage de l'artiste au manifeste Fluxus de George Maciunas -), "23" est l'oeuvre la plus révélatrice d'une tentative (réussie) de rompre avec l'orthodoxie  et le dogme du nombre d'or, prévalant en photographie. Instant fugace, hypnotique, capturé sur papier glacé, "23" s'autorise toutes les audaces propres à la figuration libre. Du flou de l'image percevons-nous la netteté, de l'instant figé appercevons-nous le mouvement...c'est toute la cinétique de la vie qui s'ouvre à nous dans la persistance d'une image unique et forte. Kirolevkova comme à son habitude, signe d'un numéro chaque portrait, comme pour rappeler que l'académisme présumé d'une série ne signifie nullement de restreindre la palette des émotions. Naviguant subtilement entre notion et concept, "23" ne déroge pas à la règle.


vendredi 13 avril 2012

Fiuma-nâ

Wolfgang Armner, 2011, Allemagne
Bois, acier, verre, matériaux divers 40cmx25cm

Fiuma-nâ, paradigme intime d'un Armner aux prises avec un monde sombre et dangereux qu'il cherche à contenir (lire à ce sujet le manifeste "Weltanschauung 2000-2020 du même artiste, posant les bases de sa période noire), alerte, questionne, chacun d'entre nous. Bien que de dimensions modestes (comparé à ses précédents travaux), toute la force de la sculpture se joue en compressions et obstructions, limitées par ces cinq pans de verre, se posant tel un avertissement à Pandore. Notre schéma de pensée façonné au cours des siècles est-il universel? Comment contenir une noirceur en perpétuelle transformation? Cette oeuvre intemporelle d'un artiste résolument en prise avec son époque, nous est livrée sans épithète, brute de ténèbres. A chacun de se l'approprier et d'y enclaver ses propres démons.


Après une si longue absence...

Suite à une vive altercation avec un critique d'art bien connu en décembre 2010 lors de l'International art fair de Miami, j'avais décidé de suspendre ce blog. Alors que certaines "élites de l'art contemporain" bien pensantes se sentaient bousculées par la radicalité et la nouveauté des artistes présentés ici, j'ai souhaité prendre une année de recul. 2012, la création est toujours vivante et tant d'artistes peinent à atteindre la reconnaissance qui leur est due....il était donc de mon devoir de braver les conventions qui régissent le petit monde fermé de l'art, et de consacrer leurs travaux.

mardi 21 septembre 2010

Rétrospective OOrigashi, Japon

Galerie Nel-izen, Kyoto, Japon
Du 14 septembre au 20 décembre 2010

OOrigashi (1962 - ) est un artiste inqualifiable, tant le champ d'expression de ses travaux est vaste. Tantôt partisan d'une mise en espace formelle et revendicative ("oxymoreum",1998 et "room for two in Versailles", 2010), il saura au travers de travaux photographiques plus intimistes tels que "life on 2 square centimeters" (1991) définir les frontières d'une abstraction monochromatique patiemment recherchée. Influencé par le travail de son compatriote Takashi Murakami (né la même année que lui), OOrigashi se définit surtout dans des installations éphémères, parfois multicolores, où formes essentielles se mêlent aux matériaux les plus complexes et inattendus...Ces installations, que l'artiste définit comme de "savantes compositions, en point de fuite d'une recherche de la perfection", ouvrent des pistes de réflexion majeures pour qui s'intéresse à l'art contemporain au pays du soleil levant.
Cette rétrospective (voir photo) met en valeur de nombreux travaux de la série "canicule+/canicule-" qui l'a fait connaître au début des années 70.

jeudi 9 septembre 2010

Printakana 101110

Armand&Armand, 1998, France
Acier, plastique, papier, matériaux divers 40cmx110cm

Au delà du procédé, toute la précision du travail de Armand&Armand, insufflée dans une composition incisive, nous offre ici une opposition formelle au dogme de l'inertie admise des objets. C'est le principe de la fonction par rapport à l'idée, de l'âme face à la matière, qui sont ici mis en perspective. Un regard sacrilège et inédit, dérivant dans une perspective anthropomorphique, nous questionne sur le rapport ambigüe et douloureux que l'homme entretient avec la technologie.  Par cette ultime résistance aux consciences subjectives, Armand&Armand entend démontrer que la profondeur de l'humanité n'est peut-être pas l'apanage des seuls êtres de chair et de sang, et qu'il est temps de renouveler certains schémas de pensée. Une œuvre fascinante pour qui saura s'affranchir d'une lecture au premier degré.