mardi 7 avril 2015

Hopes on Earth

Adrijana Selna, 2015, Croatie
Photographie, 400cm x 300cm

Adrijana Selna signe le renouveau de l'art contemporain croate, et par cette oeuvre aux dimensions surprenantes au regard de sa production précédente, injecte au sein d'un univers identifiable et familier une métonymie subtile. De l'image, nous ne prenons de prime abord que l'information parcellaire que l'artiste a bien voulu soumettre, omettant inconsciemment l'évidence cryptée, enfouie dans une symétrie chahutée. Pourtant, Selna nous donne la clé d'une perception éclairée de l'oeuvre en affirmant : "Alors que le refus du conformisme semble échouer dans une périlleuse et vaine émancipation, le salut viendra de la flexibilité". Brillant. Contrastes assumés, transgressions audacieuses et jeux d'incertitudes, Hopes on Earth mobilise autour d'une réflexion forte, juxtaposition de sens dans un monde interlope, pour un voyage sans retour vers la reconnaissance des évidences.



jeudi 3 avril 2014

fluxus:Fatalität


Max Shenmann, 2014, Allemagne
Bois, corde, matériaux divers, 30cm x 30cm

Au sommet de son art, Shenmann offre ici au regard une installation en forme d'hommage détourné au mouvement Fluxus. Aphorisme savant, la dualité de sous-ensembles de fluxus:Fatalität parvient à doucement lever les réticences nées de son minimalisme. Matériaux bruts, organiques, habilement liés, qui nous transportent au contact d'une nature de plus en plus cloisonnée... Toute la pertinence du propos de Max Shenmann, ses réflexions, comme autant de cordages enserrant non seulement quelques brindilles, mais aussi nos sentiments, incite à la résistance, au retour aux valeurs primaires, terrestres. Approche métonymique ou distanciation face aux éléments qui nous entourent, nous précèdent et nous survivent, élans volontaristes et diversifiés vers une nature acquise, mais à redécouvrir...toute la puissance de cette oeuvre tient en un mot : réconciliation.


mercredi 4 décembre 2013

Paranormée

Pierre Scendal, 2012, France
Séries de peintures sur toile, 240cm x 240cm / 180cm x 180cm

Que retenir de "Paranormée", si ce n'est une expansion canalisée ? Oscillant entre césure et réunion(s), cette oeuvre de deux pièces de dimensions dissemblables appelle pourtant une géométrie raffinée et pensée, en forme d'axiome (ne peut-on y voir une coïncidence entre le nombre de symboles répétés à l'identique -trois croix et quatre cercles- et les dimensions de l'oeuvre -180 étant les trois quart de 240- ?). Sans vouloir tenter d'exégèse, car nul n'aurait cette prétention avec un artiste tel que Pierre Scendal, on peut facilement ressentir, aidé de ce trait parcourant ce faux diptyque, toute l'énergie émanant de l'oeuvre. Tiraillement entre symbolismes et mises en abimes, réconciliation brutale des géométries..."Paranormée" offre, pour qui saura s'y immerger, une infinité de réponses. Pierre Scendal déclara : "C'est par la force du questionnement que l'on s'affranchit de l'aléatoire contraction du hasard". On ne peut que lui donner raison.

mardi 21 mai 2013

Dispersion (700/4500)

Chrizstof Letoof, 2013, France
Bois, 250cmx180

"Dispersion (700/4500)" est une oeuvre bidirectionnelle, où relief et textures s'entremêlent, où vagues et ondulations confrontent la géométrie du bois brut. Au delà du mouvement figé, tel un instantané, la structure vit au rythme de ses pleins et déliés. Letoof ne voit nullement ici un refus de la géométrie et du carcan cartésien, mais une "ode à l'aléatoire structuré, fruit d'une recherche combinatoire". Libre de faire sien le chemin tracé par l'artiste, de laisser déambuler le regard jusqu'à s'arrêter, tant sur une surface en retrait, tant sur une aspérité pour enfin saisir la musicalité visuelle de toute l'installation. Anoblissement des matériaux au travers d'une transcription visuelle audacieuse du rythme universel, harmonie des assemblages et digressions chromatiques arrangées, Letoof signe avec "Dispersion (700/4500)" une oeuvre aboutie, en accord avec son temps.



mercredi 27 février 2013

Four faces

Jörgen Ólaffson, 2013, Danemark
Peinture sur verre, 180cmx180

"Four faces", oeuvre brute et poignante, résume à elle seul le renouveau de l'art scandinave. Auto proclamé "post-pointilliste", Jörgen Ólaffson use de ses pigments pour nous assener une défabrication méthodique et froide du portrait académique. Division, géométrie et répétition de l'espace, intrusions polychromatiques où le festif vacille et s'érode en teintes froides, donnent à offrir une vision équivoque de l'oeuvre. Alternant subtilement sombres redondances en forme d'antiennes visuelles et affirmations formelles d'un bonheur figé, "Four faces" nous régale finalement d'un optimisme quasi-péremptoire en forme de sourire(s). Faire un tout de fragments, recomposer le parcellaire et le diviser de nouveau en quatre parties égales en intensité sans perdre le fil du propos, telle est la force d'Ólaffson, qui nous offre une fois encore un travail majeur.



jeudi 21 février 2013

3 fois 42

Eric Sapassure, 2012, France
Aluminium et plastique, 40cmx50

Se définissant comme plasticien-mathématicien, Eric Sapassure affirme dans cette oeuvre de sa série "chiffromancie" (débutée en 2006) que l'art a vocation de théorème. Réflexion binaire sur un système décimal figé, rencontre du rationnel et de fugitives impressions, Eric Sapassure impressionne, usant jusqu'à la corde les algorithmes mis à sa disposition pour produire in fine une oeuvre majeure, axiome d'un art mathématique souvent méconnu. Subtil placement des chiffres, suites numériques ordonnées... tout aboutit à une démonstration parfaite, où le zéro final n'a plus valeur de résultat, mais ouvre bien un nouveau cycle de réflexion. 3 fois 42, au résultat d'apparence si évident, offre pourtant une équation intellectuelle à plusieurs inconnues où le spectateur saura amener la variable nécessaire à la bonne compréhension de l'oeuvre, pour faire sien le résultat obtenu.



lundi 10 décembre 2012

H Prime

Harald Hennesson, 2012, Norvège
Peinture sur toile, 180cmx200

Libéré des préceptes du minimalisme, Harald Hennesson redéfinit dans H Prime les frontières de l'art contextuel cher à Jan Swidzinski, en y imprimant une lecture résolument novatrice (NDLA: qui ne manquera pas de faire clabauder certains puristes, cela va de soi). Miroir des ambitions, captation solennelle d'une quête vers une perfection accessible, cette oeuvre se veut, selon l'artiste, teintée d'un "optimisme impartial" ouvrant un champ des possibles que seule "l'imagination du public saura révéler et glorifier" 
D'un univers bichromique, Hennesson fait jaillir une palette, non pas de couleurs, mais d'interrogations : de vaticinations en vagabondages de l'esprit, l'appropriation de l'oeuvre ne saura se faire qu'au rythme de sa découverte. Car ici, contrairement à d'autres oeuvres dont la lecture est plus accommodante, plus abordable, seule une volonté de communier avec les intentions de l'artiste permettra de faire jaillir la clairvoyance et l'implication nécessaire à la parfaite compréhension de H Prime.
Fluidité des lignes, géométrie contrôlée et inaboutissement assumé, H Prime se vit comme un parcours. Parcours initiatique, parcours intellectuel... mais parcours individuel, pour lequel Harald Hennesson sera votre guide.


jeudi 2 août 2012

Fragments

Kloé de Mézo, 2012, France
Peinture sur toile, 75cmx75

Révélation de ce milieu d'année 2012, Kloé de Mézo assume l'apparente simplicité bi-chromatique de son "Fragments", préférant valoriser la puissance de son symbolisme tiré de l'art pariétal. Alors que l'on peut se questionner sur l'interprétation et ses limites, cette poésie mise en peinture apporte un éclairage nouveau sur le rapport séculaire, conflictuel, que l'homme a toujours entretenu avec ses divinités. L'opposition qui fait naître la rencontre métamorphose, pour peu que l'on s'en donne la peine, une dualité en nécessaire réciprocité... D'une hésitation affirmée entre pesanteur et aérien, entre céleste et terrien, et alors que tout semble diviser, Kloé de Mézo, d'une simple touche de pinceau balaie les idolâtries et, à sa manière, ordonne le chaos.


mercredi 11 juillet 2012

Art is art is art is 3.30 maintenant sur Facebook


Car l'art se doit d'être accessible au plus grand nombre, retrouvez-nous sur Facebook à l'adresse suivante :
http://www.facebook.com/artIs330

Kinetikko, bei Anbruch des Tages

Nina Fenerma, 2012, Allemagne
Matières organiques, 120cmx150

"Kinetikko, bei Anbruch des Tages" (à l'aube du jour), sculpture cinétique éphémère, peut dérouter le profane, par la complexité des directions où Nina Fenerma cherche à nous transporter. Kinetikko, se joue subtilement de la gravité et des oscillations de son environnement proche (à l'opposé des oeuvres de Theo Jansen utilisant le vent), pour faire naître le mouvement. Subtil momentum, où verticalité, rythme et chaos fusionnent : C'est à cet instant qu'il faut rompre avec la première lecture de l'oeuvre et le message éco-responsable si évident, pour se laisser prendre par la main par l'artiste, et se laisser entrainer dans une dimension plurielle. S'affranchir des marqueurs référentiels de la société de consommation, fuir les réalités d'une obsolescence programmée et l'inhérente et implacable marche du progrès, pour enfin accepter sa place dans un repère espace/temps jugé acceptable par ses pairs au travers du mouvement...et y laisser son empreinte. Un message impactant contenu tout entier dans une oeuvre réduite à sa plus simple expression, telle est la force de Nina Fenerma.





jeudi 31 mai 2012

So is life

Pierre Fannard, 2011, France
Photographie, 100cmx350

"So is life" est un patchwork d'impressions, d'images fugaces et de ressentis, recueillis par l'artiste lors d'un voyage initiatique au Pérou en 2009, et retranscris en un triptyque audacieux. Audacieux car l'illusion de sérénité et de justes proportions, qui tout d'abord nous charme, se révèle ensuite être une ode à la déconstruction de la mise en lumière. Audacieux, car la diabolique maîtrise de la mise en relation entre perspective et profondeur, sait rompre la monotonie d'une nature morte en grand format. Audacieux enfin, car au delà d'une volonté d'ordonner et de rationaliser des sentiments intimes, Fannard réussit le tour de force de contenir la complexité d'une triple évocation d'un même et seul instant. Unité de temps et de lieu, justesse des interprétations et juxtapositions, "So is life" revêt tous les attributs d'une oeuvre majeure pour qui connaît le travail de l'artiste. D'abord pressenti pour la biennale de Berlin en 2012, Pierre Fannard exposera cette même année dans plusieurs galeries d'Amérique latine.


jeudi 10 mai 2012

KA

Armand&Armand, 2011, France
Vidéo, 1 minute 18 secondes.

Quittant son champ d'expérimentations plastiques habituel, Armand&Armand nous gratifie ici d'une oeuvre video d'une placide intensité, mise en abîme du temps et de la spiritualité. Telle une épiphanie suite aux visionnages des travaux de Nam June Paik (Corée), tel un hommage dissimulé à "Rousseau" et "Voltaire", l'artiste, dans un message court souhaite renvoyer en écho à l'humanité un message humaniste redéfinissant, l'espace d'une minute, l'unité visuelle d'un univers sombre et ténébreux. Alors qu'il ne suffit que de démultiplier les variations pour s'affranchir de la redondance, il nous offre ici "KA (le mangeur de temps)", un travail non normé et perturbant. Subtilité du message, pertinence du mouvement et du rythme...cette minute nous offre l'éternité.




mardi 24 avril 2012

23

Anna Kirolevkova, 2012, Russie
Photographie sur toile, 200cmx350cm

2012 voit le grand retour de Anna Kirolevkova sur la scène contemporaine mondiale. Elle expose dans l'intimité de la galerie Honzu et Mirad de Bruxelles (Belgique). De sa série de portraits, numérotés de 12 à 57 (avec omission des chiffres 14, 20, 32 et 33 - hommage de l'artiste au manifeste Fluxus de George Maciunas -), "23" est l'oeuvre la plus révélatrice d'une tentative (réussie) de rompre avec l'orthodoxie  et le dogme du nombre d'or, prévalant en photographie. Instant fugace, hypnotique, capturé sur papier glacé, "23" s'autorise toutes les audaces propres à la figuration libre. Du flou de l'image percevons-nous la netteté, de l'instant figé appercevons-nous le mouvement...c'est toute la cinétique de la vie qui s'ouvre à nous dans la persistance d'une image unique et forte. Kirolevkova comme à son habitude, signe d'un numéro chaque portrait, comme pour rappeler que l'académisme présumé d'une série ne signifie nullement de restreindre la palette des émotions. Naviguant subtilement entre notion et concept, "23" ne déroge pas à la règle.


vendredi 13 avril 2012

Fiuma-nâ

Wolfgang Armner, 2011, Allemagne
Bois, acier, verre, matériaux divers 40cmx25cm

Fiuma-nâ, paradigme intime d'un Armner aux prises avec un monde sombre et dangereux qu'il cherche à contenir (lire à ce sujet le manifeste "Weltanschauung 2000-2020 du même artiste, posant les bases de sa période noire), alerte, questionne, chacun d'entre nous. Bien que de dimensions modestes (comparé à ses précédents travaux), toute la force de la sculpture se joue en compressions et obstructions, limitées par ces cinq pans de verre, se posant tel un avertissement à Pandore. Notre schéma de pensée façonné au cours des siècles est-il universel? Comment contenir une noirceur en perpétuelle transformation? Cette oeuvre intemporelle d'un artiste résolument en prise avec son époque, nous est livrée sans épithète, brute de ténèbres. A chacun de se l'approprier et d'y enclaver ses propres démons.


Après une si longue absence...

Suite à une vive altercation avec un critique d'art bien connu en décembre 2010 lors de l'International art fair de Miami, j'avais décidé de suspendre ce blog. Alors que certaines "élites de l'art contemporain" bien pensantes se sentaient bousculées par la radicalité et la nouveauté des artistes présentés ici, j'ai souhaité prendre une année de recul. 2012, la création est toujours vivante et tant d'artistes peinent à atteindre la reconnaissance qui leur est due....il était donc de mon devoir de braver les conventions qui régissent le petit monde fermé de l'art, et de consacrer leurs travaux.